Sommes-nous vraiment ce que nous mangeons ?

 

Cerveau alimentation

 

Vous connaissez certainement l’adage selon lequel « nous sommes ce que nous mangeons ». D’une certaine façon, je suis d’accord. Les choix que nous faisons pour notre alimentation et plus largement notre hygiène de vie, nous modèlent intérieurement et extérieurement, c’est indéniable.

Pour autant, je ne me considère pas comme étant réduite seulement à mon régime alimentaire ! Je ne suis pas la seule. La lecture du « coup de gueule » d’une lectrice du magazine « Get Fresh! » m’a d’ailleurs fait sourire et je me suis reconnue dans ses réflexions.

Cette lectrice réalisa récemment qu’elle en avait plus que marre que les autres la définissent par rapport à son régime alimentaire, parce que finalement nous sommes tous plus que ce que nous mangeons. Voici la traduction de son « coup de gueule » :

Après avoir entamé mon chemin vers l’alimentation végétarienne puis l’alimentation végétalienne et enfin vers l’alimentation végétalienne crue il y a plus de vingt ans, je réalise seulement à quel point je suis agacée d’être définie par les autres par mon alimentation. Voilà, c’est dit. Je suis agacée, ennuyée et prête à faire une crise de nerfs comme un enfant pour ça.  

Le point de basculement est venu d’internet. Mon profil de forum n’indique pas ce que je mange. Après tout, pourquoi le ferait-il ? Je suis tellement plus que ce que je mange ! Lorsqu’un autre utilisateur du forum a découvert dans une conversation sur les encas convenant pour un voyage en vélo en montagne que je ne consommais pas de beurre, ce fut comme si je venais d’admettre que je mangeais des petits enfants au petit-déjeuner.

 Il s’avéra que ce camarade de vélo, éduqué, cultivé et soucieux de l’environnement, ne supportait pas les végétariens, a fortiori les végétaliens/vegans ou, pardonnez-moi mon Dieu, les végétaliens crudivores. Pourquoi un tel préjugé ? Mon choix alimentaire ne le blesse pas, ni personne d’autre. Nous allons faire du vélo ensemble; nous prenons nos propres encas, parfois nous les partageons, comme j’ai ri quand il a réalisé que cela signifiait qu’il avait mangé des barres crues végétaliennes ! J’ai trouvé cela hilarant; Il a pensé qu’il avait été empoisonné.

Une fois qu’il avait un peu récupéré du choc et que j’ai arrêté de me demander si je devais rire ou pleurer, nous avons commencé à discuter de régime, beaucoup plus à la manière des discussions que nous avions sur la religion et la spiritualité, la technique d’Alexander et l’acupuncture, les végétaux biologiques et le changement du climat. Et, wahou, quelle conversation incroyable nous avons eu, couvrant l’agriculture, l’urbanisation, l’éducation en école primaire, les emballages alimentaires et les légumes cultivés à la maison. Et plus que tout, nous étions d’accord. Il est omnivore (évidemment), mangeant bio, de la viande produite localement quelques fois par semaine; pas de poisson, à cause de l’impact environnemental et des taux de toxines; des légumes biologiques cultivés localement; du pain des boulangeries portugaises ou italiennes locales, pas de production de masse, pas de monstruosités en tranches emballées dans du plastique; il fait ses propres jus, smoothies et boissons; il adore cuisiner et cuire, créant ses propres barres aux céréales salées et sucrées pour ses balades en vélo. Et c’est ainsi que nous en sommes venu au beurre et à mon alimentation.

Donc ce type omnivore, équilibré et instruit, est devenu tout à coup horrifié par sa compagne de vélo ? Pourquoi ? En raison, d’une rencontre avec une végétarienne évangéliste qui a passé leur année de romance à essayer de le convertir, allant même jusqu’à jeter la viande de son réfrigérateur.

Et c’est là où cette végétarienne évangéliste et moi différons. Je n’ai jamais essayé de le convertir ni personne d’autre. Je ne me définis pas par ce que je mange; je ne définis non plus personne par son alimentation. Si quelqu’un me pose des questions, j’explique que je ne mange pas certaines choses qu’ils peuvent considérer comme « normales ». Et s’ils montrent un intérêt ou posent plus de questions, j’explique pourquoi. S’ils sont toujours intéressés, je leur dis où ils peuvent en apprendre davantage par eux-mêmes à leur propre rythme.

Bien sûr, il ne fut pas la première personne sur mon chemin long de vingt années, à essayer de me définir par mon alimentation. Mais il fut la goutte qui a fait déborder le vase. Maintenant, j’ai poussé mon coup de gueule, piétiné et partagé mon expérience avec vous, je suis de retour au service normal. Mon profil de forum, ou toute autre description de moi, ne changeront pas. Je continuerai à suivre mon alimentation, comme il est bon pour moi. Je ne vais pas commencer à évangéliser, et je continuerai à lui offrir des encas lorsque nous irons faire du vélo. Il a dit qu’il continuera à les manger aussi, parce qu’ils sont savoureux et énergétiques, sans un soupçon de zèle à vouloir le convertir.

Cette histoire est vraiment représentative de ce que j’ai pu vivre parfois. L’exemple le plus flagrant a été lorsque j’ai intégré une association de loisirs créatifs (aucun rapport avec l’alimentation !) et que les animatrices (de très bonnes amies) m’avaient présenté avant que j’arrive, comme, entre autres choses bien sûr et sans vouloir faire mal, une végétalienne qui mangeait cru. Leur but n’était pas de me définir par mon alimentation mais de parler de ce que je faisais dans la vie de tous les jours puisque du coup mon travail a un rapport direct avec mon alimentation. 

En revanche, j’ai très vite pu constater que certaines personnes de l’association se sont contentées de me définir par ça et de me regarder comme une bête curieuse dans un zoo. Certaines ont même été agressives lorsque pour une raison ou une autre (dans une association, on peut être amené à papoter de tout), je donnais mon avis sur un aliment. J’avoue que pour ma tranquillité, je le fais rarement, je garde mes réflexions pour moi. Après tout si les gens ne sont pas prêts, ne serait-ce qu’à entendre l’opinion d’une autre personne, je ne vois pas pourquoi et en quel honneur je devrais les forcer !

J’ai d’ailleurs pu constater que des personnes apparemment cultivées, tolérantes, intelligentes, pouvaient se sentir vraiment agressées lorsque l’on abordait l’alimentation sans pourtant les désigner personnellement. L’alimentation est décidément un sujet très sensible, autant que la religion et la politique.  

Pour terminer, je dirais que ce genre de comportement n’est toutefois pas l’apanage des omnivores. J’ai eu l’occasion de le retrouver chez des végétariens et des végétaliens, définissant aussi les omnivores / carnivores par leur alimentation.  

 

Bored girl watching the football game with her boyfriend

 

La tolérance, finalement, tout le monde croit la pratiquer et pourtant très peu d’entre nous sont vraiment tolérants quand on regarde de près (et je m’inclue dans les non-tolérants, bien que je travaille tous les jours à le devenir davantage et que je pense avoir fait des progrès avec les années !). Car, si on s’observe bien, il y a toujours un sujet sur lequel nous sommes plus sensibles et qui nous amènent à ne pas nous comporter de la manière la plus tolérante qui soit.

Pourtant je suis persuadée que la manière la plus efficace de faire changer les choses est de ne pas chercher à changer les autres, de ne pas chercher à les « évangéliser » mais de simplement montrer l’exemple en étant le plus proche possible de ces valeurs et convictions au quotidien ce qui est déjà un sacré travail ne laissant pas vraiment la place ou le temps pour chercher à changer les autres !!!

Nadège  

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer