Pourquoi je resterai toujours vegan/végétalienne…

C’est l’affirmation de Carolyn Zaikowski faite en 2011 et dont les explications qui la justifient me semblent suffisamment solides pour être publiées sur ce blog. D’autant que les dernières recherches en nutrition appuient, sans aucun doute possible, la certitude qu’une alimentation végétalienne, bien menée, équilibrée, consciente, non seulement ne laisse place à aucune déficience, mais améliore la santé, de la naissance jusqu’au grand âge, y compris durant la grossesse ou pour les sportifs et athlètes. Des dizaines et des dizaines d’études menées sur des décennies sont désormais en mesure de le confirmer.
Il est IMPÉRATIF de s’éduquer sur les nutriments nécessaires et les compléments qui peuvent s’avérer indispensables, surtout à notre époque, pour tous, omnivores compris, et ce n’est pas votre médecin (à quelques rarissimes exceptions près…) qui saura vous informer ! Et avec les déserts médicaux qui nous sont annoncés :cry: il est plus que jamais d’actualité de faire sa propre éducation.

Il suffit de nos jours de s’informer auprès de personnes compétentes (cruellement manquantes encore en France -et pas seulement-, très en retard dans ce domaine !) pour éviter tous les pièges de ce mode alimentaire (attention aux « gourous » de tous poils  :-? ) …. car on peut évidemment être « vegan » avec de la malbouffe : Pâtes, chips, frites, faux steak, faux-fromage, faux…. etc, hautement transformés, cuits et recuits, avec Coca et sodas par-dessus le tout, c’est peut-être « vegan » mais cela ne va certainement pas faire de bien à l’organisme, ce sera simplement et seulement « vegan » !
Et dans ce cas certains omnivores (certains se disent aussi « flexitariens »…) se porteront mieux que ces végétaliens-la s’ils diminuent fortement leur consommation de produits animaux et choisissent soigneusement le reste de leurs aliments, tout en privilégiant des cuissons douces. Ils continueront juste à aggraver l’état déjà gravissime de notre planète, tout en continuant à promouvoir la « production animale ».

Vache dans prairie

Voici donc ce qu’écrivait Carolyn :

En raison de l’état malheureux de la planète, il est impossible d’avoir une alimentation éthiquement parfaite. Mais nous pouvons minimiser la souffrance animale et la destruction environnementale causées par nos choix alimentaires. Aucune alimentation ne le fait mieux que l’alimentation végétalienne.

Malgré des allégations populaires croissantes, les végétaliens sont loin d’être responsables des problèmes de l’agriculture végétale. Des créatures sont inévitablement tuées par n’importe quel mode d’agriculture, mais ces milliards d’animaux d’élevage -et ils sont littéralement des dizaines de milliards chaque année- ont besoin de manger. Jusqu’à 80% du maïs, des céréales et du soja poussés là où autrefois se trouvaient prairies et forêts, sont utilisés pour nourrir les animaux destinés à l’alimentation occidentale. Quand vous devenez végétalien, non seulement vous vous retirez de l’impact fait par l’élevage animal, mais vous êtes aussi responsable de moins de cultures végétales que la plupart des omnivores.

Les produits animaux, locaux, élevés à l’herbe sont souvent mis en avant comme choix éthique, parce qu’ils ne reposent pas sur des récoltes poussées n’importe où et ayant voyagé de longues distances, et que les animaux ont eu une meilleure vie. Cependant, le pâturage et les méthodes de « plein air » incluent toujours beaucoup de cruauté. Ils exigent plus du double de terres que les élevages industriels, sans mentionner l’énergie et l’eau utilisées. Et le fait que l’élevage animal est le numéro un dans les causes du réchauffement climatique, dépassant toutes les formes de transport additionnées*, est généralement ignoré par les « locavores ». Les aliments issus de la production animale ne cessent pas de façon magique d’être une des causes du réchauffement climatique juste parce qu’ils sont produits localement.

* Note de Veganbio : Une anecdote racontée par Brenda Davis, nutritionniste que j’évoque plus loin ci-dessous, vient souligner ce fait. Elle nous dit que son fils alors à l’Université où il étudiait l’environnement a participé à un calcul sur l’impact carbone de chacun des élèves de sa classe. Il fut stupéfait lorsque les résultats ont été donnés. En effet il était, parmi tous les autres étudiants, celui qui avait l’impact le plus faible et il ne comprenait pas, pas plus que ses compagnons d’étude, pourquoi. Pourtant il habitait suffisamment loin de son Université pour devoir prendre sa voiture tous les jours tandis que tous les autres venaient à pied ou en vélo… Alors le professeur ayant initié ce travail, a dit à tous : Écoutez-moi bien : la différence entre lui et vous, c’est que lui ne mange pas de viande !
Vous ne pouvez donc pas prétendre être un défenseur de l’environnement si vous continuez à consommer de la viande…
Par ailleurs une étude menée en 2008, a démontré que l’impact environnemental était largement moins important en mangeant végétalien une seule journée par semaine plutôt que de manger « local » tous les jours de la semaine !!!

 

J’essaie non seulement de manger vegan mais aussi local, autant que possible. Mon but est de minimiser, pour obtenir ma nourriture, l’utilisation d’animaux, de plantes et d’énergies fossiles. Comme résidente du Nord-est des USA, je n’ai trouvé en aucune manière que ce mode alimentaire soit impossible. Un défi de certaines façons, certainement ; exigeant des compromis parfois, bien sûr, particulièrement en hiver.

Mais il est possible dans la plupart des biorégions de maximiser la quantité des végétaux locaux, durables, que vous pouvez consommer, même si vous ne pouvez pas, vous-mêmes, construire votre maison et votre mode de vie avec une permaculture vegan pour tout un tas de raisons. Vous pouvez soutenir des fermes locales, durables et des magasins locaux qui vendent leurs produits et encourager l’agriculture vegan là où elle est manquante. Vous pouvez aussi cueillir des plantes sauvages,ou faire pousser vos propres légumes, fruits et légumineuses dans votre maison ou votre jardin.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAContrairement à un autre argument anti-vegan courant, il n’y a pas de connexion nécessaire quelle qu’elle soit entre le renouvellement de la couche arable et le pâturage animal, oublions même le fait de tuer ces animaux et d’utiliser leurs produits. Dans quelques parties du Midwest américain, il y a tellement de brouteurs que la couche arable est devenue inutilisable par cet impact et l’érosion. Les humains ont développé de multiples manières de renouveler la couche arable et le sol, sans ou avec très peu d’intervention animale : rotation des cultures, plantations d’accompagnement, ley-farming, le labourage, le compostage, le fumier humain, l’engrais vert et plus.

Dans la polémique anti-vegan « The vegetarian Myth » , Lierre Keith écrit que quatre hectares de terres entretenues durablement (pâturage) peuvent nourrir neuf personnes. Dans une analyse de la recherche présentée par Keith la campagne des Vegans pour une Agriculture durable a constaté que lorsqu’on prend en compte les hectares adjacents nécessaires pour maintenir une terre saine, ce lot de 4 hectares peut seulement nourrir deux personnes.

Ce qui signifie que n’importe quelle localité sur terre utilisant ces méthodes peut difficilement produire assez d’alimentation animale pour nourrir ses habitants. Les chiffres deviennent absurdes si on commence à penser à nourrir des villes.

N’importe quelle discussion sur la durabilité doit reconnaitre que la population humaine a dépassé depuis longtemps tout ce qui pourrait être raisonnablement nommé « durable » alors lorsqu’on parle de durabilité nous utilisons, nécessairement, ce terme très « librement » . Le végétalisme ne peut s’attendre à inverser complètement le problème de la surpopulation, mais il peut certainement réussir à minimiser massivement l’utilisation des terres et des ressources.

Au contraire, les produits animaux locaux, élevés à l’herbe ne sont pas une solution viable pour aucun des problèmes les plus urgents auxquels nous faisons face. Il n’y a tout simplement pas, nulle part sur la planète, assez de terres à pâturage pour nourrir de cette façon plus qu’une petite minorité privilégiée. Le fait que certains persistent à promouvoir cela comme une solution ouvre une pleine boîte de Pandore incluant d’abord : privilèges, capitalisme, racisme, exploitation de masse, et ainsi de suite.

Tout cela, alors que nous pourrions cultiver des plantes et utiliser à la place des méthodes non animales pour préserver la terre arable saine. Pour chaque type d’agriculture animale, il y a une alternative vegan plus durable. L’agriculture animale industrielle gaspille plus de ressources que l’agriculture industrielle végétale. La permaculture animale gaspille plus de ressources que la permaculture vegan.

Fond légumes arc en ciel 2

L’alimentation « Paléo » romance un passé dans lequel les humains, prétendument en harmonie avec la Terre, subsistaient principalement avec viande et graisse. Extrapoler à partir de ces allégations ferait qu’il ne serait, par conséquent, pas seulement « juste » de tuer des animaux pour l’alimentation, mais aussi nécessairement pour notre santé, et ce serait une mauvaise caractérisation à la fois de l’évolution et de la paléontologie.

*Note de Veganbio : Dans une de ses causeries, Brenda Davis (à mon avis la plus grande nutritionniste à ce jour -ou du moins l’une des plus grandes- de l’alimentation vegan depuis plus de 35 ans, avec quelques autres médecins)**, mentionne la folie des assertions « Paléo », arguments difficilement réfutables à l’appui, et informe que si nous suivions tous ce mode alimentaire, il faudrait 15 planètes pour nourrir tout le monde (d’après le Pr David Katz de Yale) !!! Et ne parlons même pas des dégâts sur la santé d’une surconsommation de viande…. à l’heure où même les plus rétrogrades des médecins conventionnels s’accordent sur la nécessaire réduction de celle-ci.

L’évolution humaine a connu un processus constant de lutte, d’adaptation et de changements à travers une large variété des situations. La paléontologie inclut l’étude d’une preuve nécessairement incomplète. Même si nous avions une vue totale de ce qu’étaient nos ancêtres, ceci ne nous dit pas ce que nous devrions ou ne devrions pas manger dans un monde capitaliste post-industrialisé et surpeuplé.

Les fanatiques anti-vegan de la Fondation Weston A. Price et plusieurs publicitaires de marques de régimes à la mode sont parmi les partisans de cette position réactionnaire contre la santé végane et l’agriculture végétale. Voici quelques-uns de leurs points de vue préférés :

« Les vegan ne trouvent pas de vitamine D » La vitamine D est difficile à trouver dans n’importe quel régime. Une étude publiée par le « American Journal of Clinical medicine » à conclu que même la viande, particulièrement dans les climats froids n’est pas  toujours suffisante pour arrêter la déficience en vitamine D (Smith, Gardner, Locke et Zwart). En d’autres mots : le végétalisme n’est pas la cause d’une déficience en vitamine D, il est courant pour les omnivores d’être déficients en vitamine D, et la plupart des gens devrait prendre des suppléments.

« Les vegan ne trouve pas d’omegas-3« . Le poisson n’est pas la seule façon de trouver des acides gras oméga-3. En fait, le poisson est de plus en plus dangereux à consommer en raison de la pollution, et la surpêche dans les océans et les rivières est une crise écologique. Les sources véganes d’oméga-3 incluent le lin, les noix de Grenoble, les graines de tournesol et les graines de chanvre. On n’a besoin que de 2 c. à soupe d’huile de lin par jour pour recevoir la dose recommandée d’oméga-3.*

* Note de Veganbio : Sauf que tous les organismes ne sont pas capables d’assimiler correctement les oméga-3 des graines de lin et la source certainement la meilleure et la plus sûre pour trouver ces omégas-3 sont les algues bleues-vertes (comme l’algue Klamath ou la chlorelle) et autre phyto-plancton dont se nourrissent les poissons eux-mêmes. C’est là qu’ils trouvent ces acides gras qui vous sont recommandés quand il vous est conseillé de vous supplémenter avec leur huile… Mais pourquoi passer par un intermédiaire animal pollué  (PCBs, mercure, et j’en passe…)?

 Closeup  organic spirulina algae

« Les vegan ne trouvent pas de graisses saturées, qui sont essentielles pour absorber les vitamines liposolubles et autres nutriments« . Il y a des sources abondantes dans les végétaux de graisses saturées, incluant les noix, graines, avocats et certaines plantes oléagineuses, et elles sont généralement considérées comme plus saines que les sources animales.

Parce que le végétalisme n’est pas une alimentation majoritaire, dont même les médecins et nutritionnistes ne savent pas grand-chose, il est facile de prétendre que c’est une source de problèmes de santé quand quelque chose se passe mal. Le végétalisme, comme tout mode alimentaire, peut être néfaste s’il est mal pratiqué. Mais les Associations américaines et canadiennes de diététique sont juste deux parmi les différents groupes dont les recherches approfondies montrent que le végétalisme peut être parfaitement sain.

Note de Veganbio : Je pourrais ajouter en conclusion que tous les médecins appliquant ce mode alimentaire à leurs patients depuis des années sont unanimes pour constater qu’il suffisait que ceux-ci consomment un seul œuf par semaine (oui… un seul ! l’un d’eux affirme même que 2 à 3 par mois… étaient trop) ou une seule bouchée de viande ou de poisson, pour que leur pathologie reparte à la hausse. Ils ont soigné des dizaines de patients depuis des dizaines d’années, leur pratique n’est donc pas à contester. Leur règle : pas une miette de produit d’origine animale si on est en lutte contre une quelconque maladie et qu’on souhaite maintenir son nouvel état de santé sur les rails.
Et si votre « oncle Pierre… »  (ou votre grand-mère Marguerite) a vécu jusqu’à 98 ans en mangeant tout et n’importe quoi et en buvant son petit calva tous les jours, tout en n’ayant jamais vu un médecin… il (ou elle) avait sans aucun doute un excellent potentiel génétique et beaucoup de chance… Libre à vous de jouer à la roulette russe avec votre propre santé, en croisant les doigts !

Pyramide alimentaire complète

 

L’aspect compassionnel

Melanie Joy, psychologue et auteur de Why we love dogs, eat pigs, and Wear cows, a introduit le terme de « carnisme », qui est défini comme « le système de croyance, ou l’idéologie, qui nous autorise à choisir sélectivement quels animaux deviendront notre viande, et qui est soutenu par des mécanismes psychologiques et sociaux complexes« . Comme d’autres idéologies, le carnisme est considéré comme normal, naturel et nécessaire, alors qu’il est en fait un système structuré, de manière complexe, d’affirmations, de choix et de comportements.

L’appellation de carnisme met en lumière ce que je crois être le futur du débat sur la libération animale : l’interaction entre l’inutile consommation animale et notre psychologie. Si nous faillissons à régler cela, nous ignorerons des montagnes d’incohérences d’esprit, de mental et de cœur, qui pourraient nous affecter de multiples façons que nous ne voyons pas encore.

Les humains ont développé des méthodes sans précédent de domination sur toute vie. Notre capacité à dominer la planète est une déviation radicale avec le reste de la relation de la planète avec elle-même. Nous ne pouvons pas à notre convenance chanter que nous sommes à égalité avec le cercle de vie, impliqués dans une magnifique chorégraphie du donner et du recevoir, quand nous sommes en fait en train de harceler et de détruire de l’extérieur ce cercle de vie tout entier.

Il y a des raisons significatives de croire que le carnisme et le capitalisme sont responsables de la plus grande partie de la destruction de la planète. Ils interagissent pour créer une idéologie plus violente, instrumentaliste, analogue au sexisme, au racisme et ainsi de suite. Que risquons-nous à ne pas prendre cela en considération ?

Aucun mode alimentaire n’est parfait, mais si nous sommes en position de faire un choix sain et qu’il y a des alternatives viables, pourquoi soutenir celui de maintenir captifs et de tuer des animaux sensibles, et une destruction environnementale inutile ?

Finalement, je suis vegan parce que je crois que personne ne devrait être défini comme un moyen pour le but d’un autre. Le camp anti-vegan implique un choix entre la santé personnelle et planétaire d’un côté, et la libération d’animaux sensibles de l’autre, c’est une fausse dichotomie qui a besoin de défis. Par certains côtés, nous n’avons même pas besoin d’avoir cette conversation : la simple existence de vegans épanouis et sains et d’une permaculture vegan réussie est tout ce dont nous avons besoin pour soutenir ces arguments.

Une conversation critique sur la destruction causée par la civilisation humaine et l’agriculture est nécessaire. Une nostalgie pratique d’une époque parfaite basée sur une fantaisie paléo qui n’a jamais existé ne l’est pas. Les humains ont créé des langues, de l’électricité et des civilisations, ont fractionné l’atome, voyagé jusqu’à la lune et déchiffré le génome. Si nous ne pouvons pas envisager de vivre sans créer des souffrances et des destructions inutiles, c’est que nous n’essayons pas suffisamment.

 

Je souhaite que la plupart des lecteurs (si pas tous) sera touchée par cette efficace plaidoirie qui renvoie chacun à sa conscience et aux conséquences à long terme de chacun de ses choix de vie… tout en suggérant à chacun de visionner cet excellent documentaire (en anglais mais vous pouvez avoir un sous-titrage en français en cliquant sur la petite « roulette » en bas à droite de la vidéo).

 

** NOTE : Brenda Davis, avec Vesanto Melina (qui a reçu une récompense pour son travail de plusieurs décennies) et Victoria Harrison sont probablement les trois nutritionnistes qui ont le plus œuvré, avec quelques rares autres, pour faire avancer la cause et les connaissances sur le végétalisme durant ces dernières décennies, à la fois à l’intérieur de leur profession et pour le public. Ça n’est donc pas un hasard si le Canada a récemment revu ses recommandations alimentaires en ce qui concerne les produits laitiers désormais officiellement  considérés comme « indésirables » (une véritable révolution) !

Mais, bien sûr je ne voudrais pas oublier de mentionner aussi le travail remarquable d’observation et de diffusion fait, ou qui a été fait, depuis des décennies pour chacun d’entre eux et chacun d’une manière un peu différente à partir d’une impulsion ou d’une motivation différente, par le Dr Esselstyn, le Pr Colin Campbell, Ann Wigmore, le Dr Gabriel Cousens, Pamela Popper, le Dr Michael Greger, Brian Clement, le Dr Joel Fuhrman, le Dr Neal Barnard, le Dr Michael Klaper… et tant de dizaines d’autres, (beaucoup aux USA, au Canada, mais aussi quelques-uns en France et ailleurs bien évidemment), que je ne peux vraiment pas tous les énumérer ici. Ils ont tous en commun d’oeuvrer, légitimement,  pour une alimentation STRICTEMENT végétale, preuves, expériences, résultats et arguments à l’appui.

 

Colette